Diaconia


















86 évêques sont réunis dans le choeur de la cathédrale souterraine Saint Pie X
Les participants du diocèse de Châlons-en-Champagne










12000 personnes sont réunies dans la basilique souterraine 




                                               Le groupe des participants du Diocèse de Châlons-en-Champagne

Conférence des évêques de France
Servons la fraternité
Personne n'est trop pauvre pour n'avoir rien à partager. La fraternité n'est pas une option, c'est une nécessité. Nous en avons fait l'expérience forte et joyeuse à 12 000, lors du rassemblement Diaconia, de toutes origines et de toutes conditions, représentant des centaines de chrétiens au service de leurs frères.
A la lecture de l'Evangile, à la suite du Christ serviteur, tous ont appris à écouter la voix des pauvres de notre temps. Chacun a été entendu dans sa singularité : ceux qui souffrent, malades, handicapés, personnes seules ou abandonnées, dans domicile ou mal logées, chômeurs ou précaires, divorcés, remariés ou non, salariés en souffrance ou menacés dans leur emploi, jeunes sans perspective d'avenir, retraités à très faibles ressources, locataires menacés d'expulsion, tous ont pris la parole. Leurs mots, leurs colères sont aussi dénonciation d'une société injuste qui ne reconnaît pas la place de chacun. Ils sont une provocation au changement, il est temps de sortir de nos zones de confort. Comme le dit le Pape François, il est temps d'aller au périphéries de l'Eglise et de la société.
Ensemble, osons le changement de regard sur les plus fragiles. Abandonnons un regard qui juge et humilie pour un regard qui libère. Nous n'avons pas de prochain clé en main. La proximité se construit chaque jour.
Ensemble, osons le changement d'attitude au sein des communautés chrétiennes pour que les pauvres y tiennent toute leur place, Cette conversion passe notamment par un développement des collaborations dans et hors de l'Eglise.
Ensemble, osons le changement de politiques publiques, du local à l'international. Que les décisions prises visent à prendre en compte la situation des plus fragiles dans le respect, la justice et la dignité.
Ensemble, osons le changement dans nos modes de vie, pour respecter la création où les liens humains sont premiers et préserver l'avenir des générations futures.
Le rassemblement Diaconia, voulu par l'Eglise de France, est une étape. Le temps de l'engagement se poursuit. Les participants appellent tous les baptisés et tous les hommes et femmes de bonne volonté qui se retrouvent dans les valeurs de l'Evangile, à se mettre en route, ensemble, pour construire une société juste et fraternelle. Une société où l'attention aux pauvres guide toutes nos actions

                                                         Lourdes, le samedi 11 mai 2013


Solidarité - 13 mai 2013

Cardinal Vingt-Trois : "Etre des témoins parmi les hommes"

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Le cardinal André Vingt-Trois, archevêque de Paris, président de la Conférence des évêques de France, a présidé la messe d'action de grâce et d'envoi, au rassemblement national "Diaconia servons la fraternité", le samedi 11 mai 2013, à Lourdes.

Frères et Sœurs, par sa mort et sa résurrection, par son ascension, Jésus est passé de ce monde au Père. Et avant de quitter ses disciples, il a voulu leur donner un certain nombre d'indications sur la manière de vivre après son départ, quand il ne serait plus physiquement au milieu d'eux. C'est aussi le temps que nous vivons, nous, aujourd'hui, disciples du Seigneur, qui n'avons plus la présence visible de Jésus au milieu de nous. Nous avons célébré avant-hier la fête de sonAscension et nous attendons dans l'espérance la venue de son Esprit Saint le jour de laPentecôte. Mais pour préparer ses disciples à ce temps nouveau qui est le dernier -il n'y aura plus d'autre étape après- Jésus leur donne une mission, il leur donne une promesse, il leur donne un chemin.

La mission : être ses témoins parmi les hommes. Être les témoins de ce qu'ils ont vu, de ce qu'ils ont vécu avec lui, ils ont été les témoins de sa mort et de sa résurrection. Et à travers ce témoignage rendu à la vie de Jésus, ils sont appelés à annoncer la nouvelle extraordinaire dont Jésus a été le messager et l'acteur : Dieu a aimé le monde, Dieu aime les hommes, Dieu est un Père.

Cette nouvelle extraordinaire consiste en ce que Dieu connaît chacun et chacune d'entre nous, il connaît non seulement nos apparences comme tout le monde, il nous voit, il nous entend, mais plus profondément il connaît le cœur de chacun d'entre nous. Il sait ce qu'il y a dans l'homme, et pas seulement dans l'homme en général, mais dans chaque homme et dans chaque femme de notre monde, Dieu connaît la liberté de son cœur et la manière dont chacun essaye de faire face aux difficultés de la vie. Et Dieu n'est pas seulement celui qui connaît notre vie, mais il est surtout celui qui accompagne notre vie, celui qui nous tient par la main et qui nous conduit avec amour et patience. C'est de cela que nous, témoins du Christ, fortifiés par l'Esprit Saint, nous sommes appelés à rendre témoignage.

Devant aucun homme, devant aucune femme, devant aucune existence, devant aucune blessure de la vie, nous n'avons le droit de détourner les yeux, nous n'avons le droit de désespérer. Nous sommes témoins de celui qui ne désespère jamais, non pas parce qu'il nous croit très fort, mais parce qu'il sait, il nous tient dans sa main et nous garde sur son cœur. Cette mission, Jésus sait bien, et les disciples savent bien eux aussi, que nous n'avons pas par nous-mêmes la force de l'assumer. C'est pourquoi cette mission est assortie d'une promesse, la promesse de l'envoi de l'Esprit Saint, cet Esprit du Christ qui vient habiter le cœur des croyants et qui fait d'eux la demeure de Dieu parmi les hommes, cet Esprit du Christ qui les conduit vers la vérité toute entière, c'est-à-dire, qui les mène au-delà des apparences, au-delà des catégories sociales, au-delà des misères de chacune de leurs vies, pour éclairer d'un jour nouveau la richesse de leur cœur. Cet Esprit Saint, qui est la force de Dieu lui-même, est capable de reprendre notre existence au creux de sa faiblesse, capable de surmonter notre désir de ne nous occuper que de nous-mêmes, capable de briser notre indifférence et notre égoïsme, capable de construire dans notre vie une existence de frère et de sœur, capable de nous faire entrer dans la famille de Dieu. Cette promesse du Christ s'est accomplie pour les douze qu'il avait choisis et entrainés avec lui au jour de la Pentecôte. Elle s'est accomplie pour ceux qui ont reçu le baptême dans l'Eglise par le don de l'Esprit Saint, elle s'est accomplie pour ceux qui ont été confirmés et fortifiés dans ce baptême par le sacrement de laconfirmation. Elle s'est accomplie pour ceux que Dieu consacre à son service dans les ordres : évêques, prêtres et diacres. Elle s'accomplit pour chacun de ceux qui essayent de suivre fidèlement le Christ parce que leur vie est consacrée par l'Esprit pour devenir signe de l'amour vivant de Dieu dans ce monde.

Garder vivante la parole de Dieu 
dans notre cœur

Une mission, une promesse, une mission confiée, une promesse accomplie et un chemin. Vous vous rappelez -comment l'oublier à Lourdes- quand l'Esprit Saint est descendu sur la Vierge Marie et que l'ange lui a dit qu'elle deviendrait la mère du Sauveur, elle a dit : « comment cela se fera-t-il ? ». Et nous, qui marchons à la suite du Christ avec nos lourdeurs, nos faiblesses, nos péchés, nos misères, nos pauvretés, nous aussi, nous nous demandons comment cela se fera-t-il ? Comment Dieu peut-il faire surgir des hommes et des femmes d'amour à partir de nos cœurs de pierre ? Quel est le chemin par lequel il peut nous conduire à devenir vraiment témoin de l'amour de Dieu pour tous les hommes ? Ce chemin Jésus nous l'a indiqué à plusieurs reprises dans son évangile : garder sa parole. Evidemment on n'a pas tous la même mémoire, il y en a qui ont plus de mémoire que d'autres et on a tous une mémoire sélective, mais Dieu ne nous demande pas d'être des encyclopédies vivantes, il ne nous demande pas d'être des bibles ambulantes, il nous demande de garder sa parole c'est-à-dire de garder vivante dans notre cœur la parole qu'il y a inscrite et qu'il y inscrit jour après jour. Nous n'avons pas besoin d'une mémoire exceptionnelle de surhomme, nous connaissons suffisamment de paroles de l'évangile pour conduire notre vie et je dirais même que nous avons de la marge. En effet, aimer ses ennemis, cela prend du temps, nous aimer les uns les autres, cela demande un effort et nous aimer comme Jésus lui-même nous a aimés, jusqu'au point de donner sa vie pour nous, cela demande toute une existence avant d'y arriver. Mais soyez tranquilles, nous y arriverons tous. Nous arriverons tous à perdre notre vie ! Mais la question, c'est de savoir si nous arriverons à la donner. Parce que pour la perdre, cela ne dépend pas de nous ! Mais pour la donner, cela dépend de nous.

Voilà le chemin dans lequel le Christ nous appelle à marcher, et chaque fois que nous vivons un moment de communion plus intense avec lui, chaque fois que nous écoutons sa parole, que nous la méditons, que nous prions, même si notre prière est pauvre, chaque fois que nous vivons un moment de communion plus intense avec nos frères comme nous le faisons en ce moment à Lourdes, comme nous pouvons le faire et comme nous sommes invités à le faire chaque dimanche dans notre paroisse, chaque fois que l'eucharistie nous rassemble comme le corps du Christ, il nous envoie pour devenir ses témoins avec la force de l'Esprit.

Celui qui dit qu'il aime Dieu qu'il ne voit pas mais qui n'aime pas son frère qu'il voit, est un menteur dit saint Jean. Celui qui essaye de croire au Christ ressuscité, de communier à son corps et à son sang mais qui se refuse à entrer en communion avec ses frères est un menteur. Et cela ne veut pas dire qu'il faille renoncer à écouter la parole du Christ et à recevoir le corps du Christ pour nous mettre en vérité. Cela veut dire qu'il faut changer notre vie pour nous mettre en vérité et ne plus être des menteurs. Alors si nous avons vécu, et je crois que nous avons vécu ces jours-ci, ici, un temps de communion particulièrement fort, si ceux qui sont les plus faibles d'entre nous, ceux qui ont été affligés par la vie, ceux dont le corps est marqué par la souffrance, ceux dont le cœur est habité par la souffrance qui ne se voit pas, ont pu trouver leur place au milieu de nous et ouvrir leur expérience pour la partager avec tous, ce que nous avons vécu ici à Lourdes peut devenir un nouveau départ pour vivre de façon renouvelée la charité dans nos communautés.

Frères et sœurs, les Actes des apôtres nous disent que les douze étaient réunis dans la chambre haute avec Marie, la mère de Jésus, qu'ils étaient en prière quand l'Esprit Saint est venu sur eux. Alors ce matin, fermons un instant les yeux et contemplons cette Eglise rassemblée dans la prière avec Marie en son centre et qui implore la venue de l'Esprit Saint pour que toute notre vie soit renouvelée et ouverte à l'amour. Tous ensemble, du fond du cœur, nous prions les uns pour les autres, pour que nous soyons à notre tour comblés de la joie du Christ. Amen.




Robert Card. Sarah 
Conseil Pontifical Cor Unum 
Lourdes, Diaconia 2013 
Fête de l’Ascension du Seigneu
                                                                                                                
- 1ère  lecture : Act, 1,1-11 
- Psaume 46 
- 2ème  lect : He 9,24-26 ; 10,19-23 
- Evangile : Lc 24,46-53 
             HOMELIE DU CARDINAL SARAH

Bien chers Frères et Sœurs, 
 Je voudrais tout d’abord saluer avec une respectueuse et fraternelle amitié 
Monsieur le Cardinal Jean-Pierre Ricard, leurs Excellences Monseigneur le Nonce 
Apostolique, Luigi Ventura, et Monseigneur Bernard Housset, et en même temps remercier les Evêques et l’Eglise de France de nous avoir invité Mgr. Segundo Tejado et moi-même, à prendre part, au nom du Conseil Pontifical Cor Unum, à cette célébration Diaconia 2013. 
C’est une excellente initiative d’avoir pris le temps de réfléchir et de prier, dans vos 
différents diocèses, pour mieux comprendre et vivre la Diaconie à la lumière de l’Evangile 
et de l’Encyclique Deus Caritas Est, de Benoît XVI. Et aujourd’hui, à l’ombre de Notre 
Dame de Lourdes et dans une attitude d’humilité et de foi semblable à la sienne, nous 
voulons recueillir les fruits abondants que l’Esprit Saint a produits au cours de ces deux ans de prière et de réflexion sur le service ou mieux la pastorale de la charité de l’Eglise qui est en France. Et nous voulons surtout le faire en présence de Jésus qui monte au ciel et nous demande de poursuivre sa mission : une mission qui consiste essentiellement à servir et à donner sa vie aux autres, à révéler et à rendre présents la compassion et l’amour de Dieu dans un monde souvent désemparé, angoissé et de plus en plus cruel. Après Lourdes, en continuant à prier et à réfléchir sur la Diaconie, nous aurons toujours et absolument besoin de fixer nos regards vers Jésus, notre seul Maître et Modèle de vie. Car la contemplation du Mystère du Christ nous est nécessaire en tout temps : C’est d’elle que découle l’agir chrétien, le rayonnement familial, social et politique de la vie intérieure, tout l’ordre moral en somme. Quelle merveilleuse Providence divine, que notre Assemblée de Lourdes coïncide avec la Fête de l’Ascension du Seigneur ! 
 Aujourd’hui, en effet, en célébrant la Solennité de l’Ascension du Seigneur, nous 
contemplons le Mystère de Jésus qui « monte » au Ciel. Et les Apôtres, réunis autour de 
lui, lui demandaient : « Seigneur, est-ce maintenant que tu vas rétablir la royauté en 
Israël ? » (Act 1,6). C’était une question très importante ! C’était comme pour dire : Est-ce que nous pouvons finalement ne plus nous en préoccuper ? Est-il arrivé, le moment où tous nos doutes et toutes nos misères vont disparaître ? Avons-nous finalement vaincu le mal une fois pour toutes ? Quand vas-tu prouver de façon définitive que tu es le Messie ? Ce n’était pas la première fois que les Apôtres demandaient à Jésus si le moment était arrivé de tout mettre au clair et de manifester ouvertement que c’est lui le Messie attendu (Mt 11,2-3 ; Lc 7,18-28). Derrière ces questions se cache, peut-être, le désir paresseux de ne plus devoir se fatiguer à lutter contre les divisions, les difficultés, les menaces de mort et les agressions des Juifs ; mais on peut aussi y percevoir l’attente de ces hommes fragiles, faibles, incertains, incrédules et tenaillés par la peur devant un monde qui leur est hostile et marqué par le péché. Ce sont des questions qui nous hantent aussi, tout particulièrement  lorsque nous voyons la violence et la perversion du mal, la persécution et la mort qui se déchaînent et détruisent tout autour de nous et tout près de nous. Alors nous nous demandons avec angoisse : Quand l’Amour sera-t-il donc vainqueur des haines, des violences et des guerres qui sèment partout la terreur, la souffrance et la mort Quand la mort sera-t-elle vaincue pour toujours ? Quand les larmes des hommes, des femmes, et des enfants surtout, seront-elles essuyées ? Quand donc la misère, la faim, les injustices, les violences et les massacres de tant d’innocents vont-elles disparaître de notre planète ? 
 Jésus ne répond pas à ces questions. Nous avons souvent une compréhension 
limitée et matérialiste de la vie et nous la réduisons à nos affaires et nos succès 
économiques et au bien-être matériel et socio politique. La vie, dit Jésus, est bien plus 
grande qu’il ne nous « appartient pas de connaître les délais et les dates que le Père a 
fixés dans sa liberté souveraine » (Act 1,7). Malgré son silence devant nos questions, 
Jésus, Notre Seigneur et Notre Dieu, ne nous laisse cependant pas seuls ; il nous promet 
une force puissante, celle de l’Esprit Saint qui viendra sur les disciples. 
 Le Christ est donc monté dans le Sanctuaire du Ciel, un Sanctuaire qui n’est pas 
construit par des mains d’hommes comme le sont nos Eglises. « Il est vraiment entré dans 
le Ciel même, afin de se tenir maintenant pour nous devant la face de Dieu » (cf He 9,24). 
Et pourtant chaque fois que nous célébrons la Sainte Liturgie Eucharistique, nous sommes 
comme associés et intimement impliqués dans le Mystère même de l’Ascension. Chaque 
Dimanche, quand nous entrons dans notre Eglise paroissiale, ne nous sentons-nous pas et 
ne sommes-nous pas réellement accueillis en présence de Dieu ? Ne vivons-nous pas 
avec Jésus le Mystère de l’Ascension ? De l’ambon, comme de la montagne des 
Béatitudes ou la petite Colline de Béthanie, Jésus parle aux siens et les bénit. Et la nuée, 
qui l’enveloppait et l’avait fait disparaître aux yeux des disciples, le jour de l’Ascension, 
n’est-elle pas semblable à la nuée de l’encens qui entoure l’Autel et qui couvre la Sainte 
Hostie consacrée et la Coupe du Salut quand elles sont élevées au Ciel au moment de la 
Consécration ? Chaque Consécration Eucharistique et l’Elévation de l’Hostie et du Calice 
nous rappellent le Mystère de l’Ascension du Seigneur. Malheureusement, l’encens a été 
aboli, éliminé dans beaucoup de nos célébrations eucharistiques dominicales, comme 
quelque chose d’archaïque et d’impropre à notre civilisation post-moderne. Et pourtant 
l’encens est le symbole de la nuée dont le Seigneur s’entoure et se drape mais il est aussi 
la fumée des parfums qui s’élève devant Dieu, avec la prière des Saints (cf Ap 8,4). 
 L’Ascension du Seigneur au Ciel ne veut pas dire que Jésus s’éloigne de ses disciples. Elle signifie plutôt que Jésus a rejoint le Père et qu’il siège désormais à la droite de Dieu dans la Gloire du Ciel. Monter veut donc dire entrer dans une relation définitive et 
intime avec Dieu le Père et retrouver la Gloire qu’il a toujours partagée avec Lui de toute 
éternité. « Et maintenant, Père, glorifie-moi auprès de toi de la Gloire que j’avais auprès de toi, avant que fût le monde » (Jn 17,5). 
 Il ne faut surtout pas comprendre cette montée du Christ au Ciel dans un sens spatial. Cela signifie que Jésus est présent partout, en tout lieu et en tout moment ; exactement comme le ciel nous couvre et nous enveloppe, ainsi le Seigneur, en montant au Ciel, nous couvre et nous enveloppe tous. Je dirais même davantage : Jésus en montant au Ciel, enveloppe et couvre le monde entier et toute l’histoire humaine exactement comme le Ciel enveloppe toute l’étendue de la terre. Ce n’est donc pas un acte d’éloignement et de distance par rapport à ses disciples. C’est bien plutôt un rapprochement plus dense et plus grand, plus intime et plus intérieur. Si ce n’était ainsi, on  ne comprendrait pas la joie des disciples. Comment pourrait-on se réjouir, en effet, au moment où Jésus s’éloigne et disparaît à leurs yeux de chair ? Et pourtant Saint Luc écrit : 
« Puis Jésus les emmena jusque vers Béthanie et, levant les mains, il les bénit. Tandis qu’il 
les bénissait, il se sépara d’eux et fut emporté au Ciel. Ils se prosternèrent devant lui, puis 
ils retournèrent à Jérusalem, remplis de joie » (Lc 24,50-52). Les Apôtres, non seulement ne sont pas tristes de la séparation, mais sont réellement remplis de joie et de paix profonde parce qu’ils ont expérimenté de manière nouvelle, plus dense, plus intérieure et plus réelle la présence de Jésus. Que s’est-il donc passé ? 
Ce jour-là, les disciples ont vécu une profonde expérience religieuse : la certitude 
d’être aimés d’un Amour immense qui les unit inséparablement au Christ. Ils ont vraiment, 
réellement et intimement expérimenté et compris que le Seigneur était désormais 
définitivement et plus intensément avec eux, à travers sa Parole et l’Esprit Saint. « Nous 
reconnaissons, en effet, dit St Jean, qu’il demeure en nous, et nous en lui, parce qu’il nous 
a donné son Esprit » (1 Jn 4,13). Il était désormais avec eux dans l’Eucharistie. Une 
Présence, mystérieuse certes, mais véritablement plus réelle, plus dense, plus intime, plus 
intérieure qu’auparavant. Sans aucun doute, les Apôtres se sont souvenus des paroles de 
Jésus : « De même, je vous le dis en vérité, si deux d’entre vous, sur la terre, unissent leurs voix pour demander quoi que ce soit, cela leur sera accordé par mon Père qui est aux Cieux. 
"Que deux ou trois, en effet, soient réunis en mon nom, je suis là au milieu d’eux " 
(Mt 18, 19-20). 
 Le jour de l’Ascension, les Apôtres ont parfaitement compris le sens profond de ces 
paroles. En n’importe quelle partie du monde, en n’importe quelle époque et en n’importe quel moment de la journée ou de la nuit où les disciples se réunissent en son nom, le Christ est au milieu d’eux. Depuis l’Ascension du Seigneur jusqu’aujourd’hui, la Présence de Jésus est devenue encore plus étendue dans l’espace et le temps. Jésus accompagne ses disciples partout et toujours, surtout au moment des grandes épreuves et tribulations de l’Eglise. De là est né le motif de leur grande joie. A l’exception du péché, désormais rien ni personne dans le monde ne pourra plus attrister les chrétiens, personne ne pourra plus les séparer de Jésus et de la joie qu’il déverse dans le cœur de ses disciples. Cette joie des Apôtres est aussi la nôtre, chers frères et sœurs. 
 Nous voilà réunis, nous aussi, au nom du Seigneur Jésus pour célébrer avec joie 
l’Ascension du Seigneur et la Diaconie, c’est-à-dire la grâce et la joie qui nous sont faites 
de servir Jésus en servant les pauvres et les nécessiteux dans l’amour et le respect de leur 
dignité d’hommes et d’enfants de Dieu. Comme pour les Apôtres, pour nous aussi Jésus 
est à la fois parti, mais au même moment il reste avec nous. Il est aux cieux auprès du 
Père, « cependant il souffre sur la terre toutes les peines que nous ressentons, nous ses 
membres » (St Augustin). Jésus ne peut pas nous laisser seuls. « Lui, en effet, dit Saint 
Augustin, alors qu’il est là-haut, est aussi avec nous ; et alors que nous sommes ici, nous 
sommes aussi avec Lui, … car Il est notre Tête, et nous sommes son Corps » (St 
Augustin). Il est au Ciel, et Il se donne chaque jour à nous comme Aliment dans l’Hostie 
Sainte, sacrement de la Présence et de l’Amour du Seigneur au milieu des siens ! 
Certes Jésus est monté au Ciel, il a disparu de nos yeux. Mais nous savons contempler le Mystère du Christ si nous nous efforçons de le voir avec des yeux limpides et purs, et un cœur renouvelé par l’Esprit-Saint ; et nous pouvons nous rendre compte que 
même maintenant, il nous est possible d’entrer dans une relation personnelle et intime avec 
Jésus. Nous pouvons le voir de nos propres yeux et le toucher de nos mains. Jésus lui- 4
même nous a clairement montré le chemin qui nous conduit vers une réelle et profonde 
intimité avec Lui : C’est le Pain Eucharistique et la Parole de Vie. Nous nourrir de 
l’Eucharistie, connaître et accomplir ce qu’il est venu nous apprendre et en même temps 
nous prosterner et parler avec Lui dans la prière, voilà ce qui remplit notre vie de la 
présence de Dieu et nous comble de joie et de paix. « Qui mange ma chair et boit mon 
sang demeure en moi et moi en lui » (Jn 6,57). Lorsque nous mangeons son Corps et 
buvons son Sang : son corps devient notre corps, son sang se mêle à notre sang. Nous 
pouvons vraiment dire comme St Paul : « je vis mais ce n’est plus moi qui vis, c’est le 
Christ qui vit en moi. Ma vie présente dans la chair, je la vis dans la Foi au Fils de Dieu qui m’a aimé et s’est livré pour moi » (Ga 2,19-20). Oui, ce n’est plus nous qui vivons, c’est le Christ qui vit en nous. Et nous devenons consanguins car c’est son sang qui désormais circule dans nos veines et fait de nous des frères et sœurs, et des « citoyens du Peuple Saint, membres de la Famille de Dieu » (Eph 2,14). Jésus est parti mais il vit au plus intime de notre existence. Il est présent en chaque être humain, surtout chez les plus pauvres et les plus démunis matériellement et spirituellement. Il est présent en toutes nos activités caritatives, et c’est en son nom que l’Eglise mobilise tous ses membres, toutes ses ressources et toutes ses énergies, pour venir en aide aux pauvres et aux nécessiteux. Il est parti, mais il nous envoie le Saint-Esprit, le Paraclet qui dirige et sanctifie nos âmes. Il vient confirmer et réaliser pleinement ce que Jésus nous a enseigné, à savoir que nous sommes enfants de Dieu ; que nous n’avons pas reçu un esprit d’esclaves pour retomber dans la crainte et la tristesse, mais un esprit de fils adoptifs qui nous fait nous écrier : Abba, Père (cf. Rm 8,15). 
 Ce même Esprit fait de nous des missionnaires. Car, à nous aussi, Jésus redit aujourd’hui : « Vous allez recevoir une force, celle du Saint-Esprit qui viendra sur vous. 
Alors vous serez mes témoins à Jérusalem, dans toute la Judée et la Samarie, et jusqu’aux extrémités de la Terre » (Act 1,7-8). « Allez donc ! De toutes les nations faites des disciples, baptisez-les au nom du Père, et du Fils et du Saint-Esprit ; et apprenez-leur à garder mes commandements » (cf. Mt 28,19-20). Notre vocation d’enfants de Dieu, au milieu du monde, exige non seulement que nous travaillions à notre propre sanctification, mais aussi que nous puissions aider les hommes, qui vivent et s’organisent « comme si Dieu n’existait pas », à revenir vers Dieu notre Père. La grande mission que nous avons reçue, de par notre Baptême, est celle de coopérer au salut du monde, de l’aider à se purifier des occasions de péché par lesquelles nous l’enlaidissons, nous l’abîmons et le défigurons, pour le reconduire vers Dieu. « La charité du Christ nous presse » (2 Co 5,14) de prendre sur nos épaules une partie de cette tâche divine qui est le rachat des âmes. 
L’Apostolat fait partie de la nature même du chrétien. Ce n’est pas quelque chose 
de rajouté, de superposé, d’extérieur à son activité quotidienne, à ses occupations 
professionnelles. Le chrétien doit révéler partout et à tous l’Amour et la compassion de 
Dieu. Pourtant le chrétien ne se contente pas de s’investir pour soulager uniquement les 
pauvretés, les misères, les souffrances et les maladies physiques. Il ne suffit pas de donner 
du pain, un abri et de meilleures conditions de vie matérielles. Il y des maladies et des 
misères humaines beaucoup plus graves qui menacent notre humanité : ce sont ces 
sociétés dominées par l’eros de l’argent et du sexe, ce sont ces destructions du mariage et de la famille et les profondes déviations anthropologiques et morales. Ce sont ces réalités douloureuses que le Pape François appelle « les périphéries où règne le mystère du péché, de l’ignorance, de l’indifférence religieuse et des misères morales de toutes 
sortes ». Et c’est au nom de son but le plus noble, c’est au nom de Jésus Christ que  
l’Eglise devra être subversive et critique envers toutes les réalisations bornées de ce 
monde. Présente au cœur de toutes les situations humaines, solidaire des pauvres et des 
opprimés, il ne lui sera pas permis d’identifier son espérance avec l’une des espérances de l’histoire. 
Bien entendu, cela ne pourra pas signifier de sa part désengagement ou critique à bon 
marché. La vigilance que doit exercer l’Eglise est bien plus onéreuse et difficile. Il s’agit 
simultanément d’assumer les espérances humaines et de les vérifier à l’aune de la 
Résurrection du Christ. C’est le Christ Ressuscité et son Evangile qui, d’une part, 
soutiennent tout engagement authentique pour la libération de l’homme et, d’autre part, 
contestent toute absolutisation des moyens terrestres. L’Eglise rejette toute lutte politique 
ou idéologique comme argument ou moyen porteur de charité. Tout en aidant les pauvres à avoir une vie humaine digne, tout en respectant leur croyance et conviction personnelles, tout en combattant à la manière de Jésus et avec les armes de Dieu : en ayant « comme chaussures aux pieds le zèle à propager l’Evangile de la paix et en tenant toujours en main le bouclier de la Foi et le glaive de l’Esprit, c’est-à-dire la Parole de Dieu » (cf. Eph 6,10-20), l’Eglise doit offrir aux hommes la plus grande richesse et leur véritable bonheur qu’est Dieu. Car aujourd’hui peu importe le nombre de milliards, dès qu’ils sont ensemble, les êtres humains les plus pauvres et les plus malheureux sont ceux qui délibérément rejettent Dieu et se privent de son amour, en se coupant de la source de la vie. Notre mission, c’est porter les hommes à Dieu en leur ouvrant le chemin qui conduit à découvrir son amour. C’est cela qu’a voulu dire Benoît XVI, lorsque, dans Deus Caritas Est, il a déclaré : « La charité ne doit pas être un moyen au service de ce qu’on appelle aujourd’hui le prosélytisme. L’Amour est gratuit. Il n’est pas utilisé pour parvenir à d’autres fins. Cela ne signifie pas toutefois que l’action caritative doive laisser de côté, pour ainsi dire, Dieu et le Christ. C’est toujours l’homme tout entier qui est en jeu.Souvent, c’est précisément l’absence de Dieu qui est la racine la plus profonde de la souffrance humaine » (DCE n.31c). 
 Dans notre engagement en faveur des pauvres et des nécessiteux, dirigeons sans 
cesse nos regards et notre cœur vers Jésus Christ. Sans lui nous ne pouvons rien faire de 
consistant en faveur de l’homme et surtout du pauvre et du malheureux. Soyons 
intimement unis à Jésus-Christ, Notre Seigneur, auquel nous parvenons grâce à la 
Bienveillance maternelle de la Très Sainte Vierge Marie, Notre Mère, et par Lui, au Père 
des Miséricordes et à l’Esprit Saint. C’est pourquoi, ici à Lourdes, lieu de rencontre avec la tendresse miséricordieuse de Dieu et lieu de guérison de toutes les misères humaines, 
comme aussi dans nos maisons, à travers le chapelet quotidien en famille, accourons à 
Marie, comme le firent les Apôtres après l’Ascension du Seigneur : « ils s’en retournèrent 
alors à Jérusalem et, tous, d’un même cœur, ils étaient assidus à la prière… avec Marie, la Mère de Jésus » (Act 1,12-14). « Sachant cela, heureux, serez-vous, si vous le faites » (cf. Jn 13,17). 
                                                                    Amen. 








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