lundi 28 janvier 2013

Dans la guerre, être porteur de paix

Il porte la mitre et l'uniforme.

Sur son treillis est brodé le signe distinctif

de l'aumônerie militaire catholique :

la croix entre deux rameaux d'olivier.

Rencontre avec Mgr Luc Ravel, évêque aux Armées françaises.

 
 

Le diocèse aux Armées en chiffres

296 493 hommes et leur famille

230 aumôniers

1 cathédrale, Saint-Louis-des-Invalides à Paris



Le Bulletin : Monseigneur, vous êtes à la fois soldat et homme de Dieu !

Mgr Ravel : J'ai une mitre et une casquette militaire. Pour nous, catholiques, c'est indissociable. Nous conjuguons la mission confiée par l'armée et la mission confiée par l'Eglise. En espérant qu'il n'y ait pas d'opposition. Etymologiquement le mot ''mission'' signifie qu'on est envoyé par quelqu'un. Il est important de le redire : le militaire n'est pas militaire de son propre chef ; le militaire est quelqu'un qui est envoyé par la Nation. De même, je ne m'invente pas comme prêtre mais j'accepte une mission confiée par l'Eglise.

 

Les chrétiens ont-ils un rôle à jouer dans la guerre ?

La guerre est une spirale de violence qui engendre très facilement en chacun une spirale de mort. C'est une situation où la régression humaine est toujours possible. Dans cette réalité si particulière, il faut des hommes taillés sur mesure en sorte que cette violence - bonne quand elle montre comme une colère face à l'injustice et nécessaire pour prendre les armes - soit intimement associée avec d'autres forces intérieures de recherche de la paix, du pardon, de force véritable, de maîtrise de soi. C'est un des rôles de l'aumônerie militaire que de soutenir et former les hommes en ce sens.

 

Comment user de son arme et ne pas se sentir en contradiction avec l'Evangile ?

Le militaire chrétien est habité par la conscience de contribuer à défendre un état qui est le seul état convenable pour que l'homme, personnellement et collectivement, puisse se déployer. Cet état, nous l'appelons la paix. Le militaire, même lorsqu'il est obligé d'user de la violence et du feu de son arme, est une ''sentinelle de la paix'', pour reprendre l'expression du pape Jean-Paul II.

 

Même s'il faut tuer ?

Moralement parlant, on peut accomplir des actes susceptibles de donner la mort dans la mesure où l'intention n'est pas de donner la mort, mais de préserver sa vie. C'est le cas de la légitime défense qui vaut à titre personnel et collectif. Le militaire n'agit pas par haine de l'autre. Il agit au nom d'une collectivité qui lui confie sa mission en vue de rétablir la paix.

 

Comment l'Eglise se fait-elle proche des hommes qui se battent ?

L'aumônier, à la différence de tous les autres membres du clergé, n'a pas à se faire proche. Il est proche par statut. C'est la particularité de l'aumônerie militaire. Nous sommes militaires avec les militaires. Ce qui veut dire : être avec les hommes en toute circonstance. Si les balles doivent siffler au dessus des têtes, elles siffleront pour le padre comme pour les autres.

 

Que dire face aux cas de conscience ...

C'est très délicat. En Afghanistan, lorsque vous voyez une femme en burqa bleue de la tête aux pieds, vous n'avez pas toujours la possibilité de voir si elle a de grands ou de petis pieds. Elle s'approche de votre section alors qu'elle ne devrait pas s'en approcher. Que faites-vous ? Si vous ne faites rien, c'est peut-être une brave dame qui vous apporte un peu d'eau ou quelques fruits, mais ça peut aussi coûter la vie à cinq ou six camarades. C'est d'abord la formation morale qui importe. Sur le moment, on n'a pas toujours le temps de faire de grands débats éthiques. Il y a aussi la grâce de Dieu. C'est celui qui est le chef sur le moment qui va prendre la décision. Aussi avons-nous pour mission de former les consciences en amont. Notre rôle est d'abord préventif.

 

Dans la guerre, le soldat chrétien est-il porteur de paix ?

Il doit l'être. C'est son but ultime. Ou alors il n'est pas dans la perspective profondément humaine qui est celle de nos sociétés démocratiques actuelles. La seule légitimité de l'existence et de l'action des armées, c'est la défense qui vise à rétablir la paix. Soit parce qu'on est attaqué directement dans nos vies, nos valeurs, nos biens. Soit parce qu'on estime que d'autres sont attaqués et que la solidarité internationale doit jouer. La guerre n'est pas la seule force, encore une fois ! Mais la guerre brise la spirale de la violence injuste.

 

S'il fallait définir la paix ?

La paix est l'état où toutes les forces vives travaillent ensemble dans le sens d'une plénitude. Et s'il est une béatitude qui doit rester gravée dans la conscience du militaire chrétien, c'est : "Bienheureux les artisans de paix, ils seront appelés fils de Dieu".

 

Un voeu ?

Je voudrais que les militaires croyants se retrouvent à Lourdes pour travailler pour la paix à l'occasion du Pèlerinage militaire international. En même temps que l'usage des armes de fer, il faut s'emparer des '' armes de lumière ''.

 Interview réalisé par Marta DEL SOL

Article tiré de Vivre l'Evangile à la télévision
Le Bulletin déc. 2012 jan. 2013
            
 
 
 
 

 

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